LILIANA RĂSVAN (MOLDOVAN) DESPRE: François Villon La Littérature Française

5 10 2011

François Villon (1431-1480)

          Biographie. François des Loges, ou de Montcorbier, né d’ un père bourbonnais et d’un mère angevine, en 1/19 avril 1431, à Paris, fut adopté par Guillaume de Villon, chaepelain de Saint-Benoist. L’ enfant prit le nom de son «plus que père», et fit de bonnes études, quoi qu’ il en dise[1].

En 1463 il fut condamné à mort, „mais le Parlement, en appel, commua la peine en dix ans de bannissement. Toute trace du poète disparaît à partir de cette date”[2].

Il suivit les cours de la Faculté des arts[3], pour devenir clerc; et il était maître ès arts en 1452, à vingt et un ans. Gaston Paris pense avec raison que ses remords doivent s’ appliquer à la periode qui suivit sa réception comme maître. Alors il se fit inscrire soit à la Faculté de théologie, soit à la Faculté de décret (de droit canon).

A cette époque, les étudiants de l’ Université étaient en perpétuels conflits avec la justice royale. François Villon dut prendre part à pleusieurs émeutes entre 1451 et 1454. Il nous dit, dans son Grand Testament (strophe 78), qu’ il avait écrit un Roman du Pet-au-Diable, récit d’ une équipée burlesque[4]; il aida ses camarades à décrocher des étudiants facétieux et fripons, un spirituel et dangereux vagabond, plus connu dans les tavernes qu’ à l’ Université[5].

On publie d’ ordinaire à la suite des oeuvres de Villon, un petit poème intitulé: les Repues franches de François Villon et de ses compagnos[6] une repue franche, c’ est un repas qui ne coûte rien; on prends tripes chez la tripière, pain chez le boulanger, rôt chez le rôtisseur. Pour que Villon soit devenu le héros de ce code burlesque du vol, il faut sans doute qu’ il ait laissé une triste réputation.

En 1455, le 5 juin. Villon se prend de querelle avec un prêtre, Philippe Sermoise, et le tue. Il s’ enfuit, puis sollicite sa grâce, et l’ obtient: des lettres de rémission lui sont accordées en juin 1456.

On ne sait où il avait vécu pendant cet exil volantaire. Rentré à Paris, il se remet sans doute à fréquenter une société équivoque; et il descend d’ un degré, il se fait complice de voleurs de profession; il prend part à un vol par effraction au collège de Navare, avec deux bandits, Colin de Cayeux et Gui Tabarie.

C’ est alors, dit-on qu’ il aurait composé son Petit Testament, au début duquel il annonce son départ pour Angers où il veut aller voir son oncle. Il part. Le vol découvert (1457); Tabarie le denonce comme un des complices. On ne sait guère ce que devient Villon pendant les années 1457-1461: il aurait été reçu par Charles d’ Orléans au château de Blois, et on le signale en Bourbonnais.

Puis il semble s’ être affilié à une bande de brigands, les Coquillards, dans le jargon desquels il a écrit pleusieurs pièces d’ une interprétation douteuse. Un beau jour, il se fait prendre: en 1461, on retrouve Villon en prison, à Meun-sur-Loire; il y a été enfermé à la requete de l’ evèque d’ Orléans, Thibault d’ Assigny. Colin de Cayeux a été pendu; Villon redoute le mème sort. Hereusement pour lui, Louis XI, récemment sacré, passe par Meun et délivre Villon.

 

Le Petit Testament

                                                                             „Povre je suis de ma jeuneusse

                                                                             De povre et de petit extrace…

                                                                             Povreté tous nous suit et trace”.

                                                                                      Testament, vv. 273-277

          Ce poème de quarante stophes porte aussi le titre de lais. Lais ou legs: la forme lais est le meilleure. Le mot se rattache au laissier et non à lèguer D’ ailleurs la prononciation correcte du mot legs est lai.

Le poéte n’a pas le sentiment de la culpabilité; pas la moindre trace d’ humilité ou d’ égophobie. Sa tristesse n’ exclut pas une certain férocité. Il proclame avec assurance le droit à la vie pour sa caste de hors-la-loi, et ne se dédit pas d’ avoir instigué au larcin, tout comme le pirate Diomédès devant Alexandre:

Se comme toy me peusse armer

Comme toy empereur je feusse”.

                                                Testament, vv. 273-277.

          C’ était  un genre à la mode, assez analogue au congé. On connait les congés de Jean Bodel et d’ Adam de la Halle; les testaments de Jean de Meun et de Jean de Regnier (1432).

Villon va partir pour Angers; il n’est pas certain du retour. Aussi va-ti-il faire son testament. Il lègue à Guillaume de Villon, son père adoptif, son bruit, c’est-à-dire sa renommée; à celle qu’ il aimait et qui le dédaigne, son coeur; à divers perssonages, les enseignes célebres du quartier[7].

À Jean Trouvé, boucher, le Mouton, le Boeuf couronné et la Vache; au chevalier du guet, le Pomme de Pin; il lègue de l’ argent à trois petits enfants tout nus, Pauvres orphelin dépourvus, dont il donne les noms: or, ce sont trois abominables usuriers; différents objets, gants, bonnets, chausses, diamants, à des amis réels ou imaginaires; à son barbier, les regnoures de ses cheveux; à son savelier, ses  vieux souliers, etc.

Le Grand Testament

          Ici, bien que le cadre général soit analogue, la composition est plus complexe. Le poème a cent soixante-treize strophes. De plus, Villon y a inséré de nombreuses ballades, dont quelques-unes, selon G. Paris, ont été écrites bien avant 1461, et que le poète a eu l’ heureuse idée d’ enchàsser à la meilleure place; on peut croire même qu’ il a souvent dirigé ou fait dévier son developpement de manière à amener la ballade qu’ il tenait à ne point perdre[8].

Les strophes 1 à 70 forment une prermière  partie, dans laquelle Villon parle de son emprisonnement, de sa jeuneusse dissipée, de la fuite du temps, de la mort qui n’ épargne personne. Ici se trouvent (après la strophe 41) la Ballade des dames du temps jadis, refrain: mais où sont les neiges d’ antan[9]!

La Ballade des seigneurs du temps jadis, refrain: mais où est le preux Charlemagne! Il revient dans la strophe 42 à la brievèté de la jeuneusse, et fait parler la Belle beaulmière qui regrette sa beauté passée; il plaint lui même le temps de ses amours.

A la strophe 70, Villon commence à tester; c’ est la seconde partie, formant comme un poème séparé[10].

Ainsi strophe 149 Villon représente au charnier du du cimetière des Innocents et revient au thème de la mort. Il y revient encore dans les dernières strophes, quand il donne des instructions pour son enterrement[11]. Une dernière ballade sert de conclusion.

Mais tout ce fatras s’ éclaire d’ un nouveau jour quand nous lisons les deux Ballades des dames et de seigneurs du temps jadis:

Berte au grant pié, Bietris, Alis,

Haremburgis qui tint le Maine,

Et Jehanne la bonne Lorraine

Qu’ Englois brulerent a Rouan;

Ou sont les neiges d’ antan?”

 

 

Originalité de Villon

          Il est exagéré de dire que Villon fit le premier de la poésie personnelle[12]. Mais ce qui est vrai, c’ est que Villon a une personnalité plus caractéristique, une âme plus humaine et surtout un accent plus sincère.

Dans la forme, Villon est aussi un grand poète: il voit et il peint. Il ne cherche pas de choses nouvelles ou ingénieuses, ce qui est le propre du poète médiocre et artificiel.

Il renouvelle incosciemment, par la force naturelle de sa sensation et de sa vision, les thèmes les plus communs. Quoi de plus commun, en effet, que les regrets de la jeunesse perdue, que l’ angoisse de la mort? Mais c’ est précisément à  la façon  dont ils traitent ces thèmes qu’ on reconnait les vrais poètes[13].

Villon au charnier des innocents égale Shakespeare faisant parler Hamlet au ci metière d’ Elseneur, et Bossuet „ouvrant un tombeau devant la cour”.

La technique poétique de Villon, d’  une élégance et clarté supérieures, conserve les traces d’ une élaboration formelle inconsciente très poussée, comm dans ce vers apollinairien où l’ opposition d/t se developpe en deux groupes, dsv/tsv, encadrés par une paire d’ r symboliques: „De tres decevante saveur”[14]

La renommée de Villon

          En 1489, parut la première édition des oeuvres de Villon. Elle fut souvent réimprimée jusqu’ à celle donnée par Marot en 1533 édition corrigée, commentée souvent avec bonheur, parfois assez naivement et qui eut un grand succès.

Le dix-septième siècle continua à lire Villon sur le texte de Marot. A partir de 1723. Parurent diverses édition, dont quelques-unes marquaient un progrès philologique et historique. Mais aujourd’hui, l’ édition dfinitive est celle de M.A Longnon, parue en 1892 „Lemere”[15].

Villon ne fut jamais oublié. Très goûté au seizième siècle, encore connu et lu au diz-septième [16] et au dix-huitième siècle, Villon profita plus qu’ aucun poète, plus que Ronsard lui même, de la réaction romantique[17].

Sa vie de bohème, la variété de son style unit le grotesque au sublime, son réalisme un peu cru, tout devait le faire considérer comme un ancétre.

Bibliographie

 

1. Angela Ion, Histoire de la Litterature Française, Editura Didactică și Pedagogică, București, 1982.

2. Ch. M. Des Granges, Histoire Illustrée de la Littérature Française des Origines à 1930, Librairie Hatier, Paris, 1941    .

3. G. Paris, Les Origines de la poésie lyrique en France au Moyen Âge (Journal des savants, 1891-1892.

4. ibidem, F. Villon (Les Grands Écrivains français), Paris, 1901.

 

 


[1] Hélas! Si j’ eusse étudié, Au temps de ma jeuneusse folle!

[2] Angela Ion, Histoire de la Litterature Française, Editura Didactică și Pedagogică, București,1982, p. 83.

[3] La Faculté des arts correspondait à peu près à notre Faculté des lettres; maître és arts était l’ équivalent de licencié ès lettres.

[4] G. Paris, François Villon, p. 26.

[5] Ch. M. Des Granges, Histoire Illustrée de la Littérature Française des Origines à 1930, Librairie Hatier, Paris, 1941, p. 100.

[6] Edit. P. Jannet, p. 178.

[7] Ch. M. Des Granges, Histoire Illustrée de la Littérature Française des Origines à 1930…, pp.100-101.

[8] Ibidem, p. 102.

[9] Ibidem, p. 101.

[10] Les legs du Grand Testament sont moins burlesques que ceux du Petit, mais sont encore souvent ironiques; à Guillaume de Villon, il lègue sa bibliothèque.

[11] Strophes 163-173.

[12] Avant lui, plusieurs des poétes lyriques que nous avons nommés, en particulier Jean  Bodel, Rutebeuf, Eustache Deschamps, Colin Muset, Alain Chartier, ont, dans les cadres conventionnels, et au milieu d’ allégories, parlé de leur vie, de leurs amours, de leurs regrets.

[13] Angela Ion, Histoire de la Litterature Française…, p. 85.

[14] Ibidem, p. 86.

[15] Une nouvelle edition, par le même auteur, en a paru chez Champion en 1911.

[16] Cf. Art poetique, de Boileau.

[17] M. Longnon n’a pas moins contribué à éclaireir la biographie de Villon qu’ à épurer et a fixer son texte.


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